La joie des footballeurs après un but

Joaquim PestreDossiersLaisser un commentaire

célébration de but

Gérard Pestre, Directeur de Trans-Faire et spécialiste en psychologie des sportifs, nous donne son avis sur l’expression de joie des joueurs de football.
De l’extase à la joie contenue, de la revanche à la modestie face à son ancienne équipe, il porte un regard analytique sur la signification d’un but marqué, bien au-delà de la joie collective ou patriotique…

Eric "The King" Cantona célèbrant un but à sa façon...

Un but, des célébrations

Les attitudes et les comportements des buteurs possèdent des similitudes, mais aussi des différences.

Prenons l’exemple de la joie explosive de Maradona vers la caméra en 1994…

Il y a aussi la célébration de Dugarry qui tire la langue et bondit comme un cabri après son but contre l’Afrique du Sud en 1998.

On retrouve aussi une retenue de la part de Cantona quand il bombe le torse, ou de Pirès qui va faire rasseoir les joueurs italiens sur leur banc en 2000.

Enfin, il y a ces moments de joie très intentionnelles comme le tee-shirt exposé, les yeux qui montent au ciel, la naissance d’un enfant, la dédicace à un partenaire…

« Derrière chaque célébration, une signification »Gérard Pestre

Dès lors, on peut s’interroger sur le sens psychologique de ces différentes démonstrations.
Voici quelques éléments de réponse :

1. Libérer une tension

Marquer un but, c’est avant tout, psychiquement, la libération d’une tension. Plus celle-ci est forte, plus la joie est généralement explosive. C’est un soulagement lié à l’atteinte du « but ». Le but marqué est bien le but du jeu… L’origine du mot renvoie d’ailleurs au mot « bout » (bot, bu) qui veut dire coup, pousser et frapper (bouter les Anglais…).

2. L’excitation liée au match

Il y a une quantité importante d’excitation qui s’est accumulée avant et pendant le match. Le but est en quelque sorte « l’étincelle qui met le feu » aux multiples « poudres » du joueur pour atteindre sa performance (son engagement physique et psychique, son échauffement musculaire, son agressivité nécessaire…).
L’excitation se poursuit donc après le but et elle atteint même son paroxysme.

Prenons l’exemple de la joie explosive de Maradona vers la caméra en 1994…

3. La rareté d’un but

Un élément qui appartient au football : la rareté, la difficulté, en général, de marquer un but, qui en fait le prix.  Si l’on compare au but du handball, au panier du basket, au point du rugby ou du volley, le but du football fait souvent référence à la notion d’exploit, qui peut être assimilé à la réussite unique d’un autre sportif (sauteur à la perche, patineur…)

Or cette forte tension qui engendre une libération peut être plus ou moins amplifiée . Elle est liée notamment à :

  • L’enjeu du match qui peut être très important pour les joueurs (match à élimination directe, match qualificatif, un derby…) ou faible (dernière journée de championnat pour des équipes de milieu de tableau…)
  • Le score du match : le but dans les arrêts de jeu à 0-0 ne possède pas le même potentiel de libération qu’un nouveau but à 3-0.
  • La présence et l’attitude du public. Les phénomènes de foule sont connus, et s’avèrent très importants : la foule réagit « comme un seul homme », elle s’identifie régulièrement à un leader, elle partage une excitation, une agressivité qui sont communicatives.  Or les joueurs sont en osmose avec le public, ils ressentent ces émotions.

Au-delà d’une libération de tension, d’une excitation renforcée, le joueur qui vient de marquer y trouve des bénéfices qui vont démultiplier sa réaction.

4. Son identité se trouve renforcée

Le but marqué entraîne une reconnaissance du travail accompli, de la « belle ouvrage » (comme un artisan, un ingénieur). Cette reconnaissance vient de différentes parties ce qui en fait sa force :

  • Des « pairs », les autres joueurs, qui sont heureux pour l’équipe, pour eux et admirent l’action, l’opportunité du joueur.
  • De l’entraîneur ou du sélectionneur
  • Des dirigeants du club qui ont investi financièrement sur un joueur
  • Des « clients », spectateurs, téléspectateurs, usagers du « produit » match.
  • De son environnement social: famille et amis
  • Des médias
  • Des autres clubs, du marché national ou international…
Dugarry qui explose de joie après son but contre l'Afrique du Sud (Mondial 98)

Dugarry qui explose de joie après son but contre l’Afrique du Sud (Mondial 98)

5. L’estime de soi, la valeur à ses propres yeux

Lorsque « je marque un but, je justifie » :

  • Mon engagement, mon métier,
  • Le travail que j’ai accompli, les entraînements, les matchs…
  • Mon identité masculine est également renforcée :
    • Des analogies inconscientes entre mettre un but et affirmer sa virilité peuvent être établies,
    • D’ailleurs, l’avant-centre qui ne marque pas de but ressent une forme « d’impuissance »

Tout cela, avec fréquemment une dimension « narcissique » à sa célébration (amour de soi, fierté, orgueil…).

Thierry Henry qui pose avec le drapeau du poteau de corner ou Mario Balotelli ne festoyant pas après un but exceptionnel sont des exemples parmi d’autres…

6. La joie est partagée, elle est communicative

Derrière le but, il y a une excitation liée au partage

  • Avec les autres joueurs
  • Avec le public
  • Avec le staff

En guise de conclusion, on peut dire que les attitudes d’après but ne sont pas anodines, mais ont une véritable signification.

Parfois évidente, la joie peut être dédiée spécifiquement :

- A une naissance : Bébéto en 1994 contre les Pays-Bas.
- A une revanche : Adebayor contre Arsenal, son ancien club, après les critiques des supporters et de la presse…
- A un disparu : Les larmes de Ronaldinho à la mémoire de son père, décédé.

La plupart du temps, cependant elle est pleine de tous ces éléments que nous avons rapidement évoqués et qui appartiennent spécifiquement à chaque joueur au plus profond de lui-même…

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