La peur comme moteur

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Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre de Raphaëlle Lachaume, jeune femme pétillante qui a validé haut la main sa formation en Préparation Physique, Mentale et Nutrition.
Raphaëlle, c’est ce que l’on appelle une amoureuse du risque. Un amour du danger qui la pousse à pratiquer des sports extrêmes comme l’alpinisme ou encore le freeride. Portrait d’une exploratrice hyper-sportive.

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Trans Faire : Raphaëlle, pourrais-tu nous décrire un peu ton parcours pour commencer ?

Raphaëlle : Le sport est très vite entré dans ma vie… A 4 ans, j’ai commencé par la gymnastique, que je faisais en compétition dès 5. Je me suis ensuite dirigée vers de la G.R.S. (Gymnastique Rythmique & Sportive), de l’athlétisme, du cross, puis de la natation, de la boxe, du triathlon, du muay thai… Et puis, il y a peu, j’ai tout quitté pour la montagne. Aujourd’hui, je pratique l’alpinisme, la cascade de glace, etc…

TF : Tu as tout de suite su que tu ferais ta carrière professionnelle autour du sport ?

R : Pas du tout ! Dans ma famille, on a un côté super intello. Au départ, j’ai fait un bac littéraire puis hypokhâgne, mais assez rapidement, j’ai abandonné cette piste pour faire psycho-clinique. J’ai pu travailler avec les personnes dans la rue, des jeunes qui sortaient de prison… A chaque fois auprès de populations défavorisées.

C’est lors de mon arrivée en Île-de-France que la natation et le triathlon ont pris beaucoup de place. J’ai étudié la naturopathie, et je faisais des petits boulots à côté pour payer les factures.

Raphaëlle entre 2 bouchées de céréalesTF : Tu me disais avant l’interview qu’à cette période, les entraînements te prenaient plus de 90% de ton temps.

R: Exactement ! C’est mon tempérament, j’aime repousser mes limites. C’est vraiment ma vie en fait, j’ai fait le choix de consacrer ma vie à tout ça. J’aime être en solo, me confronter à un environnement, être dans l’exploration de moi-même. J’ai fait de l’entraînement en water-polo, j’étais en club en natation, j’ai fait l’Ironman… Je suis en contact avec Boulder, une super équipe de nanas dans le Colorado, avec des filles qui font les Championnats du Monde d’Ironman à Hawaï… Elles m’ont un peu suivies à distance. J’ai été me préparer avec elles aux Etats-Unis, c’est vraiment une super équipe.

« J’ai fait un camp Muay Thai plus récemment dans la jungle thaïlandaise, c’était en mode Koh Lanta »Raphaëlle Lachaume

TF : Tu sembles avoir beaucoup voyagé… Est-ce que tu as été marquée par quelques aventures en particulier ?

R : Oui, bien sûr… Je suis partie très jeune de chez moi. J’étais très attirée par les bidonvilles, les endroits très pauvres. Je suis partie au Vietnam, en Amérique du Sud, au Pérou, en Bolivie, au Brésil, en Inde. J’ai beaucoup fait la jungle.  Plus récemment, je suis allée dans un camp de Muay Thai dans la jungle thaïlandaise, en mode Koh Lanta… Ça m’a vraiment marquée, c’était top.

Raphaëlle, partie en Thaïlande dans un camp de Muay Thai

Raphaëlle dans son camp de Muay Thaï, en Thaïlande

TF : Tu as fait une formation en Préparation Physique, Mentale et Nutrition dans notre organisme. Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

R : Le plus important pour moi, c’est la dimension scientifique de la formation. C’est quelque chose que je cherchais beaucoup et qui me manquait. J’ai eu l’occasion d’avoir des chercheurs comme profs, et ça, c’était génial. Il y a une qualité d’intervenants et de professeurs qui est assez incroyable ! Pour moi, l’approche scientifique de l’entraînement a vraiment changé ma vision du sport.

TF : Anaël Aubry, ton superviseur, nous a dit que tu avais effectué un dossier de certification assez particulier. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

RL : J’ai choisi de traiter le sujet d’une femme scientifique qui doit partir en zone polaire pendant 30 jours en autonomie complète. Cela pourrait sembler étonnant, car la formation en préparation physique de Trans Faire nous a surtout permis d’aborder la préparation physique adaptée à un sport donné : nous devions analyser une activité physique, la comprendre, adapter une préparation pour optimiser la performance de notre athlète, sa récupération et sa nutrition…  Tout cela ne colle pas forcément avec l’histoire d’une femme qui part tirer un traîneau sur la banquise, prenant du lyophilisé à tous les repas, dans des températures qui frôlent parfois les -50°C… voire moins encore ! Mais je voulais montrer que l’on peut aborder énormément d’univers différents avec les connaissances acquises en prépa physique. L’idée, c’était de s’immerger dans un univers inattendu, en utilisant l’assise de la formation et mon propre vécu.

« Trans-Faire forme pour faire évoluer, pas pour mettre dans une petite boite bien rangée »Raphaëlle Lachaume

TF : Comment Anaël a réussi à t’accompagner sur un sujet aussi spécifique?

Je dois dire qu’il s’est positionné comme quelqu’un à l’écoute, ouvert à un réel échange et à une réflexion commune. J’ai énormément apprécié cet échange, et la formation dans son ensemble fut une super expérience. Je l’ai trouvée très flexible, et les connaissances acquises m’ont permis d ‘évoluer et de progresser dans des milieux peu documentés. Trans-Faire forme pour faire évoluer, pas pour mettre dans une petite boite bien rangée. Pour moi, le point le plus positif fut la liberté : on m’a laissé libre d’étudier, de m’organiser comme je le voulais… en clair, on m’a fait confiance, et dans mon cas ça a plutôt porté ses fruits !

TF : Et là, tu vas enchaîner avec une nouvelle formation, en Psychologie du Sport et Préparation Mentale… Ça y est, tu es accro?

R : (Rires) Oui, c’est exactement ça ! Non, plus sérieusement, pour la formation en Psycho du Sport et Prépa Mentale, qui débute d’ici peu, c’est assez particulier parce que je suis complètement étrangère à ces 2 thématiques, qui ne m’intéressaient pas à la base. Je vais donc faire comme d’habitude : découvrir. Puis pour être honnête, après la dernière formation, je fais confiance aux intervenants!

TF : On pose souvent la question (toute bête) : « la Mer ou la Montagne? ». Toi, entre un mémoire sur l’alpinisme et un sur le surf, entre ta pratique de l’alpinisme et le surf  que tu vas commencer, tu choisis les deux….

R: (Rires) En fait, le vecteur commun c’est la prise de risques. La vision de la peur, de ce lien entre vie et mort. Ce sont deux milieux extrêmes. C’est sûr qu’une vague de 50 cm, ça va, c’est tranquille, et la moyenne montagne où je suis (ndlr : Raphaëlle vit dans le Vercors), ça va. Mais le lien entre alpinisme et surf, c’est l’extrême !

La peur comme moteur

La peur comme moteur

« J’ai vécu la mort d’assez près. Ça m’a fait réaliser la fragilité de la vie, que tout pouvait basculer à tout moment »Raphaëlle

TF : Comment analyses-tu la place centrale du sport dans ta vie? Y a-t-il eu un déclic?

R : La natation m’a fait comprendre que j’aimais vraiment la charge d’entraînement. Le triathlon a confirmé tout ça, avec toute la notion de récupération… Mais le vrai déclencheur, ça a été un problème de santé que j’ai eu. J’ai vécu la mort d’assez près. J’ai aussi vécu l’attentat de Paris… Ça a été une sorte de choc, qui m’a fait réaliser la fragilité de la vie. J’ai compris que tout pouvait basculer à tout moment. Cette prise de conscience a été assez récente.

TF : La gestion de la peur, la prise de risque et la mort autour des sports et des milieux extrêmes semblent te passionner. Pourquoi cet intérêt pour cet aspect qui pourrait être effrayant, inquiétant pour certains?

R : C’est vrai, ça pourrait faire peur… Mais finalement, la mort, j’y ai été confrontée de près. Successivement. J’ai tout perdu à ce moment-là, vraiment. Du coup, j’avais cette envie de comprendre. La peur était un frein pour moi : en plus, je pars toute seule en montagne… Je me suis rendue compte que la peur m’empêchait de faire certaines choses. Je voulais trouver le moyen de comprendre cette peur et d’aller plus loin.

TF : Et la peur, tu sens que tu l’as domptée aujourd’hui?

R : Je dirais que maintenant, je suis à un stade où cette peur s’est largement apaisée. On peut faire des choses incroyables en tant qu’humain, et c’est là que notre liberté commence! C’est comme si tu travaillais avec la peur, tu dépasses certaines limites pour aller plus loin, pour aller vers la liberté.

Elle s'est attaqué à de superbes sommets... En attendant le cercle polaire ?

Elle s’est attaqué à de superbes sommets, comme celui-ci, aux Aravis… Avant d’aller encore plus haut ?

TF : Qu’est-ce que ça provoque, chez toi, la sensation de s’approcher si près de la mort, de choses qui font tellement peur?

R : La première chose, c’est l’humilité. Ça ne te protège pas, parce qu’il y a des mecs super humbles qui sont partis en montagne et qui sont morts… Dans l’alpinisme, on y est presque confronté au quotidien. Mais… C’est un peu classique ce que je vais te dire, mais en t’approchant de la mort, tu te sens vivre ! Bon, je t’avoue qu’il y a des nuits où je dors pas beaucoup (rires). Mais avant tout, je dirais que c’est la recherche de la vie, pleinement. En quelque sorte, sans ça, je suis malheureuse.

TF : On voit dans tout ça et dans ton parcours une envie de toujours dépasser tes limites. Ça te représente bien?

R : Oui. Par essence. C’est inscrit en moi. On connait tous la vie, il faut se battre pour être ce qu’on est (sourire). Mais quand j’étais petite, je frottais des silex pour partir à la chasse ! J’avais déjà envie de partir à l’aventure, à la chasse (rires).

« C’est un peu classique mais… en t’approchant de la mort, tu te sens vivre »Raphaëlle

TF : Tu as donc présenté le cas d’une femme scientifique évoluant en zone polaire arctique dans le cadre de ton travail de fin d’études en Préparation Physique, Mentale et Nutrition… Alors, à quand ton voyage du côté du Grand Nord?

R: C’est un vrai projet. Je pensais partir en Islande… Mais si je le fais, ce sera dans un cadre scientifique. Je ne pense pas que je le ferais en autonomie, mais dans un cadre bien défini. Le pôle Nord, il faut vraiment le sentir! C’est un projet qui se fonde sur quelques années.

Everyday motto

TF : Et maintenant, comment s’écrit l’avenir pour toi ? Est-ce que dans un an, on te retrouve déjà sur les pentes de l’Himalaya ou sur les vagues de Nazaré (Portugal)?

R : (Rires) Alors déjà, je ne veux pas faire l’Everest… Trop facile ! C’est vrai ! C’est pas une course difficile. Bon, j’envisage pas de surfer à Nazaré, mais… à chaque fois, je dis « je le ferai jamais » et puis je finis toujours par le faire. Mais oui, il y aura forcément beaucoup de projets. J’aimerais bien monter quelque chose dans la préparation de gens qui veulent partir. Je vais aussi aller me former à l’Institut de recherche de montagne. C’est possible que je fasse de la biologie aussi.

Propos recueillis par Steve Kouessan

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