Un caméléon à vélo

Joaquim PestrePortraitsLaisser un commentaire

Caméléon_à_vélo

C’est une histoire de voyages, de mathématiques et de vélos. L’histoire d’un homme qui voulait vivre librement, transmettre et partager, peu importe l’endroit.
Cette histoire, c’est celle de David Chaffois, 39 ans, globe-rider qui jongle habilement entre son équipe de cycliste et sa classe de math, au Burundi, et la formation en Préparation Physique, Récupération et Nutrition.

David Chaffois, en route pour de nouvelles aventures ©Victor Olivry

David Chaffois, en route pour de nouvelles aventures ©Victor Olivry

Bonjour David, pouvez-vous nous parler de votre parcours?

Je suis professeur de mathématiques et passionné de voyages. Il y a une bonne dizaine d’année, j’ai décidé, avec mon épouse (également prof) de quitter la France et de travailler pour l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (A.E.F.E.), qui donne la possibilité à des enseignants d’enseigner le français dans des lycées aux 4 coins du monde. C’est le challenge qu’il nous fallait.

Quelle a été votre 1ère étape?

L’île de Mayotte, pendant 4 ans. Une superbe expérience, d’une richesse culturelle incroyable. C’est là que nous avons eu un réel déclic sur notre possibilité d’aider les autres, même à petite échelle. Nous oublions souvent que c’est simple d’aider les autres quand nous vivons en France.
Etant passionné de sport, j’ai donc essayé d’enseigner les pratiques sportives à des jeunes sur place.

Via quelles activités?

Ça peut paraître surprenant mais les enfants qui vivent à Mayotte sont « des enfants de la mer » mais beaucoup ne savent pas nager. Nous avons donc essayé de faciliter leur rapport avec l’eau, notamment via des leçons de plongée sous marine. J’ai également créé un club de voile avec un ami, pour former les populations locales, dont les enfants.

Allier sports et voyages a toujours été une priorité pour vous?

Oui, quand nous sommes partis de Mayotte, nous sommes allés en Tunisie, pendant 3 ans. Je me suis dit que c’était l’occasion pour revenir à ma passion n°1, le cyclisme, mais, malgré mon désir de trouver un club, ça a été compliqué, car non structuré. C’est au Costa Rica, où nous avons passé 5 ans, que les choses ont bien bougé, car le pays est bien organisé et développé.

Vous avez fait un peu de compétition sur place?
Oui, j’ai trouvé un club, puis ai commencé à faire des compétitions locales. J’ai obtenus assez rapidement des bons résultats, et vu que j’étais le seul « expat » à faire de la compétition avec les locaux, je suis devenu une curiosité locale (rires..). En parallèle, je faisais également du triathlon.

« En France, nous oublions souvent que c’est très simple et facile d’aider les autres »David Chaffois

Vous auriez pu devenir un champion sur place!

Oui, mais j’ai  décidé d’accepter une mission aux Etats-Unis pour l’OTAN à Norfolk, en Virginie, pour m’occuper de l’encadrement des enfants de militaires français. Une mission sympa mais difficile pour mon développement sportif à part quelques brèves excursions dans la région ou l’utilisation des infrastructures militaires.

C’était donc avant le grand challenge….

En effet, juste avant d’accepter d’aller au Burundi, dans la capitale, à Bujumbura. En me rendant sur place, je me suis rendu compte qu’en tant qu’ancienne colonie Belge, le vélo, comme au Rwanda, faisait partie intégrante de la vie des Burundais. Un contexte parfait pour moi.
En gros, le vélo sert à tout, du transport de matériel à taxi. A tout, sauf la compétition, qui représente une notion abstraite sur place. Le vélo, c’est plus un outil de survie qu’un outil de loisir…

Burundi

Faites pas genre vous savez tous où se trouve le Burundi

Qu’avez-vous découvert en terme d’infrastructures sportives sur place?

Pour être franc, pas grand chose, si ce n’est rien. Coïncidence, en me présentant à ma nouvelle équipe, au lycée français, j’ai rencontré le surveillant du lycée qui était l’ancien entraîneur du club de vélo de la capitale, « Rayon Cycle ». Le courant est super bien passé entre nous et je lui ai donc demandé s’il était possible de réunir les anciens membres du club, pour rouler en groupe dans un premier temps. L’idée, pour moi, est d’éviter de vivre en total expat’, coupé du pays dans lequel je vie, et ma solution, c’est le vélo.

Racontez-nous comment se sont passées ces premières réunions?

Super, je m’attendais pas à un tel engouement. On a commencé à 3 et, au bout de quelques semaines, on était une dizaine, dont beaucoup de jeunes du coin. Le problème, vous l’imaginez, c’était le matériel. De la bricole totale, avec des vélos sans vitesses, un grand plateau à l’avant et un petit pignon à l’arrière. Mais bon, pas le choix, donc on s’est adapté,  et vu que les routes n’étaient pas trop mauvaises et la ville adaptée, on s’est accroché et avons réussi à constituer une petite équipe sympa.

« Une fois, à l’entraînement, j’ai un des gars de l’équipe qui est venu avec son vélo auquel était accroché 2 fois 50 litres de lait »David Chaffois

Parlez-nous un peu des personnes qui constituent votre équipe?

Nous avons, mon adjoint (le surveillant) et moi-même, constitué une équipe autour de 8 jeunes, sérieux, qui pourraient, si le temps et les moyens nous le permettent, constituer une vraie équipe solide. Ils ont de 16 à 20ans, sont dotés d’un très bon coup de pédale et d’un très gros potentiel. Physiquement, c’est très fort, le problème, c’est bien évidemment le matériel, mais également des mauvaises habitudes, comme une très mauvaise hydratation et alimentation…

Vous devez avoir de sacrées anecdotes, notamment lors des 1ères sessions…

Oui, une fois à l’entraînement, j’ai un des gars de l’équipe qui est venu avec son vélo auquel était accroché 2 fois 50 litres de lait. Quand je lui ai demandé « pourquoi il avait ramené ça? », il m’a répondu qu’il était laitier et qu’il ne pouvait pas laisser le lait sans surveillance. Il a donc insisté pour faire la séance avec nous et ses 100 litres de lait accrochés à son vélo. Il a tenu 25 minutes avec nous, en pente, au rythme d’entrainement classique, puis il a lâché. C’est bien représentatif de leur mental à tout épreuve!

Le problème? C'est la descente.

Le problème? C’est la descente.

Vous avez été contactés par des instances du Sport du Burundi?

Vous savez, dans un petit pays comme le Burundi, les choses circulent vite. Des responsables politiques, au Ministère des Sports, ont entendu dire qu’un « m’zungu » (blanc en Swahili) roulait avec une équipe de burundais, et que ça marchait bien. Ils m’ont donc contacté, je les ai rencontrés et, en septembre 2015, ils m’ont proposés d’encadrer l’équipe nationale du Burundi, notamment en vue de 2 compétitions : le tour du Burundi et le Tour du Rwanda. Problème, le vélo, c’est ma passion, mais je ne suis pas entraîneur, et je ne voulais pas prendre la responsabilité d’amener mes coureurs en compétition sans un background solide.

Vous avez donc décliné l’offre?

Pas exactement… J’ai accepté mais en demandant un délai pour développer mes compétences. Et la solution c’est la formation. Je suis donc parti en quête d’une formation à distance depuis le Burundi, que j’ai trouvé assez rapidement, la formation de Trans-Faire en Préparation Physique, Récupération et Nutrition (voir encadré ci-dessous).
Seulement, la situation s’est extrêmement complexifiée sur place (suite au non départ du Président sortant), et j’ai été contraint en janvier de quitter le pays pendant un moment, à contre cœur.

Pas trop dur? Arrivez-vous à maintenir le contact avec votre équipe? Et vos élèves de la classe de mathématique?

Si, c’est dur, mais j’arrive à maintenir un bon contact avec mes élèves du Lycée Français, avec qui je travaille à distance, via le système de visioconférence du CNED. Je suis également en liaison quotidienne avec mon entraîneur adjoint, qui donne les consignes aux athlètes restés sur place.

D’autres sont partis?

Oui, 3 membres ont décidé de quitter le pays et d’aller dans l’académie de Jack Boyer, ancien cycliste américain (et non Bauer), au nord du Rwanda. (voir le trailer de film réalisé à ce sujet ci-dessous).
Pour tout vous dire, mon rêve, c’est de pouvoir emmener  l’équipe s’entraîner là-bas pendant un moment, ils ont du très bon matériel et une bonne équipe sur place. Un véritable petit paradis pour cyclistes.

Comment voyez vous votre futur? Comptez-vous y retourner?

Bien évidemment, de toute façon je n’ai pas le choix, notamment dans le cadre de mes cours de mathématiques. J’attends que la situation s’apaise, même si les échos que j’ai sur place ne sont pas encourageants. Y retourner dans ces conditions est donc complexe, mais je compte le faire d’ici septembre 2016.
Pour ce qui est de mon équipe, l’idée est d’utiliser la formation en Préparation Physique, Récupération et Nutrition pour créer des fiches pédagogiques spécifiques et constituer un vrai carnet d’entrainement pour les échéances sportives. Ce qui est sûr, c’est que je ne les lâcherai pas, en présentiel ou à distance!

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La formation en Préparation Physique

Je suis très satisfait de la formation, que j’effectue à distance depuis la fin janvier. Elle englobe de nombreuses thématiques, toutes intéressantes et bien filmées. Je pense qu’elle va me donner des bases très solides que je vais transmettre à mes athlètes.
L’outil technologique est également adapté, simple et intuitif. Moi qui suis habitué à travailler sur des plateformes très lourdes, ça change d’avoir seulement quelques boutons… qui fonctionnent!

Prochaine session de formation en Préparation Physique, Récupération et Nutrition le 2 mai (distance).
Plus d’infos : contact.pprn@trans-faire.fr

Propos recueillis par Joaquim Pestre /Illustrations par Victor Olivry (contact : vicolivry@gmail.com)

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