Eric Boisson : Comment mieux accompagner le projet sportif d’une joueuse ou d’un joueur de tennis

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Transcription texte de l’interview : Cliquez sur le bouton bleu « Lire la suite… », ci-dessous.

Sofiane Alaoui, du blog Trans-Faire : Bonjour à tous les internautes du blog de Trans-Faire, bonjour Eric,

Eric Boisson : Bonjour Sofiane.

Sofiane Alaoui : Merci de nous accueillir chez toi pour répondre à nos questions. Voici les thèmes de l’interview : dans un premier temps nous allons parler de la place des parents dans le projet sportif d’une joueuse ou d’un joueur de tennis. Ensuite de la relation pédagogique qu’un entraîneur peut ‘avoir avec son joueur ou sa joueuse et enfin, dans la prochaine vidéo, du tennis féminin. L’intérêt de cette interview, on sait que tu connais bien ces sujets et on aimerait que tu fasses partager ton expérience et tes conseils au public du blog de Trans-Faire. Dans un premier temps, est ce que tu pourrais nous présenter ton parcours ?

Eric Boisson : Très bien, oui. Je travaille à la Ligue des Hauts-de-Seine de Tennis depuis presque 30 ans. J’occupe un poste de CSD (Conseiller Technique Départemental). Ma particularité d’entraîneur est que je me suis beaucoup occupé de filles en fait. J’ai eu la chance de croiser la route de 5/6 filles que j’ai eu l’occasion d’entraîner entre l’âge de huit et neuf ans jusqu’à 17/18 ans jusqu’à leurs premiers pas sur le circuit. Ça me donne cette particularité de connaître un peu tous les stades de développement : l’enfance, la fin d’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte. Et j’ai fait aussi des parcours auprès de garçons. Et puis, ma tâche à la ligue est principalement de coordonner toutes les actions sportives. Il y a un CTR bien sûr (conseiller technique régional), qui est au-dessus et qui coordonne et manage l’ensemble de tous les cadres. Je coordonne plus particulièrement les actions sportives, les entraînements, les plannings, les relations avec les familles et avec les clubs. Et puis aussi l’encadrement scolaire, puisqu’on a cette particularité à la Ligue des Hauts-de-Seine d’avoir développé depuis très longtemps une scolarité aménagée avec le lycée la fontaine, principalement, et le lycée Notre-Dame. C’est moi qui ait développé ça.

Sofiane Alaoui : On parle souvent de l’importance de la relation entre les parents et l’entraîneur. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Eric Boisson : Ah, la relation entre parents et entraîneur. Effectivement ce qui me paraît très important, c’est que le projet sportif est avant tout un projet familial. En fait un entraîneur est là pour accélérer le mouvement par moment, conseiller et un tout petit peu diriger mais en aucun cas il ne peut changer la motivation d’un enfant pris dans son cadre familial. C’est vrai que le fait d’avoir croisé des spécialistes du sport et notamment un étho-psychanalyste qui m’a beaucoup marqué et avec qui j’ai travaillé pendant 20 ans m’a aidé à mieux comprendre cette relation. Il m’expliquait que le sport est comme un langage effectif, codé en fonction des différentes disciplines. Que la motivation d’un être humain pour faire du sport en compétition et donc avec plutôt beaucoup d’ambitions, est forcément le résultat d’une construction affective et du besoin d’exprimer, dans un environnement et un cadre particulier, ce qu’il a au fond de soi. Donc c’est vrai que la fameuse triangulaire qu’il doit y avoir entre un joueur, sa famille et un entraîneur existe. Et, en tant qu’entraîneur, la grande difficulté c’est que forcément il y a une petite part d’affect entre le joueur et l’entraîneur mais en aucun cas il faut prendre la place des parents. Il faut savoir travailler avec eux et accepter les différences aussi parce qu’elles peuvent être d’ordre très différent. Cela peut être tout bêtement culturel avec des familles qui arrivent en France et qui ont un autre parcours culturel. Donc il faut aussi comprendre quelles sont les valeurs du sport dans une famille, qu’est-ce que cela représente pour la mère, pour le père et forcément dans ces cas là pour l’enfant. Mais en restant toujours du côté du sport. Nous, on est là pour les aider à développer leurs propres projets et ça n’est pas toujours évident parce qu’un entraîneur, je pense, a fatalement le réflexe de temps en temps de vouloir s’approprier un petit peu la réussite, l’histoire et  il faut savoir garder ses distances par rapport à ça. Parce que l’entraîneur lui aussi à ses propres enjeux et il ne faut pas qu’il y ait de confusion entre ses propres enjeux sur sa vie personnelle et les enjeux qu’il y a sur la famille à travers le sport. Mais pour finir, c’est sûr que je ne connais pas beaucoup de réussite de tennisman à un niveau élevé sans projet familial très très très fort.

Sofiane Alaoui : D’accord, toujours sur ce sujet-là, selon toi quelle place doit prendre la famille dans un projet sportif selon les âges ?

Eric Boisson : Au début la famille est à 100 % du projet. Un enfant qui va être pris uniquement dans son environnement local, c’est-à-dire un club qui lui permet d’avoir des structures d’apprentissage :  le mini tennis, éventuellement des entraînements qui commencent. Cette famille-là, soit elle est déjà dans le milieu du tennis parce qu’un des 2 parents le connait et a été en contact avec la compétition et donc ça favorise. Soit c’est le club, souvent, qui va aider les parents à s’intégrer mais de toute manière, l’organisation de la pratique du tennis qui est un sport individuel, le jeu libre, le fait d’accompagner son enfant à chaque séance, de choisir des tournois et d’accompagner, d’organiser, de programmer toute l’activité, c’est la famille qui tient tout ça à 100 %. Et c’est vrai que les familles qui accompagnent leur enfant pensent balle jaune pratiquement du matin jusqu’au soir parce qu’un enfant qui fait un sport, même s’il n’a que 9/10 ans et qui ne fait que trois séances dans la semaine, l’air de rien, pour une famille avec les deux parents qui travaillent, ça veut dire qu’il y a une pensée obligatoire pour le sport, tout le temps tout le temps.  Limite au détriment des autres frères et sœurs parce que tout est organisé pour les déplacements, pour les compétitions, pour ceci ou pour cela, donc il faut être vraiment à fond dans ces projets-là. Sans voir forcément des personnes qui rêvent de réussite mais simplement le fait d’accompagner son enfant par amour, c’est vrai que ça occupe énormément l’esprit dans une famille et ça peut déséquilibrer, donc c’est vrai qu’ils sont obligés d’être vraiment très très investis.

Sofiane Alaoui : OK, toujours sur ce sujet-là, si tu pouvais donner 3 conseils à des parents qui accompagnent leur enfant dans un projet sportif fort, de compétition, ce serait lequel ?

Eric Boisson :  3 conseils. Le 1er conseil. Il faut savoir tisser des liens avec l’environnement sportif. En tant que parent, c’est vrai qu’on a besoin de s’appuyer sur des spécialistes, des professionnels. Ça va être l’entraîneur du club, cela peut être l’entraîneur d’une autre structure, ensuite, si l’enfant vient dans la ligue sur des entraînements, ou à la fédération. Mais c’est vrai que de toute manière, il faut tisser des liens forts avec les professionnels et avec les entraîneurs. Donc c’est le premier point, en sachant qu’il y a forcément des conflits parce que l’enfant est au milieu, parce que en tant que parents, entre les principes éducatifs et les principes sportifs, de temps en temps ça peut se chevaucher et ce n’est pas toujours évident. Donc on peut se retrouver à avoir des maladresses et des sujets incompris avec l’entraîneur. En conséquence, il faut apprendre à dépasser ça, à rester positif et créer des liens très forts, parce que morceler les relations, c’est-à-dire changer de référents chaque année ou même tous les deux ans, ça ne donne pas des bases solides à l’enfant dans sa manière d’apprendre ce sport et de le vivre. C’est la première chose qui est très importante.

Le 2ème conseil.  Ensuite c’est d’essayer de trouver la bonne distance par rapport à la compétition et les résultats et ça c’est pas évident. Je fais souvent référence à cette personne avec qui j’ai travaillé longtemps et qui me disait : le pire de tout pour un enfant souvent c’est le double discours. C’est-à-dire que les parents peuvent avoir un discours, on va dire bien-pensant, intelligent, raisonnée mais au fond vivre intérieurement et affectivement quelque chose qui est complètement opposé. En fait, l’enfant va entendre et comprendre les deux sons de cloche et avec deux sons de cloche différents il ne saura pas où se positionner et il aura plutôt le réflexe de culpabiliser et d’essayer de plaire. Je pense que quand on est en parent, même un peu excessif sur certaines choses, il faut être naturel, être ce qu’on est, simplement et c’est comme ça qu’un enfant peut me mieux se positionner. S’il doit être en rejet, eh bien il rejettera l’activité parce qu’il y aura un coup personnel trop lourd mais au moins il saura pourquoi. Alors que effectivement, quand on est parents et qu’on a un double discours, très posé, raisonné et en même temps on vit affectivement des choses d’une manière un peu forte, ça n’aide pas les enfants à se construire.

Le 3ème conseil. Après je pense qu’il faut partir du principe que ce qui est le plus intéressant dans un projet sportif n’est pas forcément les résultats. C’est vrai que notre sport ou le côté individuel est très développé, permet quand même une expérience et une richesse de vécu extraordinaire quel que soit le niveau qu’on atteint. J’ai trois enfants qui ne font pas particulièrement de sport mais je me rends compte d’une chose avec les enfants des autres. L’air de rien, lorsqu’ils arrivent à 20/25 ans, 30/35 ans, ils me témoignent que le sport est quelque chose qui les a marqués à vie, pour un futur métier, pour leur personnalité. Ça les a aidé à dépasser des limites qu’il pensait indépassables et c’est ça qui est important et en tant que parents c’est cela qu’il faut viser.

Sofiane Alaoui : OK, une dernière question sur ce sujet-là. Comment peut-on réagir face à des parents un peu omniprésents et dirigistes qui n’arrive pas à remettre en cause leur éducation.

Eric Boisson : Ça c’est difficile, cela fait partie des sujets qui fâchent. C’est difficile de donner des conseils sans paraître donneur de leçon. Mais c’est vrai qu’à la limite l’expérience que j’ai acquis auprès de joueuses notamment, très différente avec des environnements familiaux très différents et puis d’avoir vu un petit peu aussi ce qui se passe l’étranger. Ça m’a fait comprendre qu’il n’y a pas une manière de faire. Donc en tant qu’entraîneur c’est vrai qu’on a sa culture, on a ses connaissances, ses compétences on a son caractère, ses propres valeurs et la famille peut très bien ne pas avoir les mêmes. Ce qu’il faut éviter c’est de prendre les problèmes de face, d’être donneur de leçons et d’imposer. C’est sûr qu’il faut arriver à établir un dialogue, à installer une confiance et trouver des compromis dans l’intérêt de l’enfant dans un premier temps. Et puis c’est dans l’intérêt de chacun car cela permet quand même de poursuivre l’aventure ensemble. Je pense qu’il faut toujours chercher à comprendre les gens. Dans un premier temps, en tant qu’entraîneur je pense que nous sommes trop dans notre logique sportive qui est très facile à avoir parce que justement il n’y a pas d’affectif alors que pour des parents c’est tout l’inverse . Effectivement c’est du sport mais ils sont d’abord et avant tout dans leur relation affective, dans l’amour qu’ils portent à leur enfant et effectivement de temps en temps ce sont des logiques qui ne sont pas forcément les mêmes. Nous devons chercher à comprendre comment une famille fonctionne, par rapport à quoi, cela permet de garder une distance et de rendre le dialogue encore possible.

Sofiane Alaoui : D’accord, et que vous mettez en place à la ligue des Hauts-de-Seine sur ce sujet ?

Eric Boisson :  Ce sont des choses très variables. Il y a des choses qu’on ne structure pas forcément. Il y a beaucoup de contacts individuels. Je pense qu’il est important d’avoir des contacts structurés, organisés, avec des rendez-vous en début d’année, en fin d’année bien sûr et en milieu d’année pour faire le point mais il faut aussi se donner la possibilité d’avoir des contacts spontanés. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de règle à avoir sur la proximité et les liens qu’on a avec les parents. C’est-à-dire que par moment on peut être un petit peu plus proche dans la nature des relations, dans la manière de se parler. Par moment on va trouver plutôt une distance. C’est en fonction des cas mais c’est important d’avoir des liens assez permanents et puis nous, ce qu’on essaye de mettre en place, c’est une aide aux parents. Il s’agit d’une action qu’on a mis en place depuis environ 4 ans, cela va être la cinquième année cette année. L’idée était de permettre à des parents, dans le cadre de réunion d’analyse de pratique ou de groupe de paroles, on peut aussi le dire un peu comme ça. On réunit des couples de parents qui ont à minima deux à trois saisons d’expérience de la compétition avec leur enfants. On s’attache les services d’un psychologue et d’un préparateur mental pour animer ces réunions.  Je suis souvent présent et ce qu’on leur propose, c’est de faire un travail, un partage de témoignage sur le thème : pendant que mon enfant vie cette compétition qu’est-ce que moi je vis en tant que père, en tant que mère.  Et puis en partageant tout ça, on arrive sur tous les phénomènes que l’on connaît, de stress, de déception de joie, d’espoir, de doute, d’énervement. Souvent, on se rend se rend compte au cours des échanges qu’on n’est pas seul à vivre ces phénomènes, que cela peut être assez lourd et que ce n’est pas toujours évident de le partager même au sein de la famille, même en tant que mari et femme. La vie est quand même assez trépidante, donc c’est vrai que de temps en temps on ne sait pas comment échanger sur : tiens voilà ma fille ou mon fils sort d’un match, il a balancé où il a perdu. Moi j’ai annulé une réunion pour l’accompagner, pfff,  je suis frustrée, je reviens, comment j’en parle ? Je n’ai pas envie de le plomber mais en même temps je ne le vis pas très bien.

Bref, tous ces éléments-là, on essaye de les malaxer ensemble et d’en sortir des grands principes qui permettent à chacun de faire son propre choix, son propre parcours parce que encore une fois,  il n’y a pas d’équation idéale, il n’y a pas de comportement idéal. Mais c’est vrai que c’est une action qui est assez bien perçue parce que ça apporte aux familles. Dans la manière de le présenter aux familles, ce qu’on leur dit aussi, c’est que les joueurs sont formés, les entraîneurs sont formés et les parents, qui sont au fond la pièce maîtresse d’un projet sportif, eux débarquent dans ce milieu-là comme ça. Sans rien avoir, donc c’est vrai que c’est déjà un premier point pour eux de pouvoir s’appuyer sur quelques repères et puis surtout ça tisse entre les différentes familles qui sont présentent des liens de compréhension du monde de l’autre. Par exemple si on fait une caricature d’un match de tennis avec 2 parents qui regardent leur enfant et 2 parents de l’autre côté, ça se passe plus ou moins bien, il y a des réflexions, on doute de l’honnêteté, on est plutôt en opposition et en fait a travers ces réunion-là, l’air de rien on apprend un petit peu plus à se détacher de tout ça. Et puis pour nous c’est l’occasion de beaucoup mieux comprendre ce qui se joue dans chaque famille avec comme pièce centrale, le tennis et ça c’est vraiment intéressant.

Sofiane Alaoui : Très bien, on va maintenant se recentrer plus sur la relation entre l’entraîneur et le joueur. En quoi le fait de travailler au quotidien avec un joueur influe sur la relation pédagogique ? Est-ce que ça a des avantages, des inconvénients, est-ce que ça rend la tâche plus difficile ou plus facile sur certains points ?

Eric Boisson : Ma réponse ne serait pas uniquement sur l’aspect pédagogique. Je pense que cela touche aussi l’accompagnement et le développement de la joueuse ou du joueur. Mais ce qui est sûr, c’est que le fait d’être au contact quotidien du même joueur ou de la même joueuse permet peut-être de trouver les bonnes stratégies de développement par rapport ou tel ou tel problème. Le fait de suivre en compétition un enfant et de l’avoir 2 ou 3 fois dans la semaine à l’entraînement permet de beaucoup mieux suivre ses problèmes, ses avancées, ces régressions et donc de réguler le travail. Ce qui est intéressant dans le fait d’être au plus près d’un joueur ce que, l’air de rien, même si on ne s’en rend pas compte, même si ce n’est pas du très haut niveau,  il y a des enjeux qui sont très forts autour de la compétition, pour le joueur, pour la famille comme j’en parlais tout à l’heure, sur le plan affectif mais aussi pour l’entraîneur. Si effectivement il y a trop d’adultes autour d’un enfant, il y aura trop d’enjeux disséminés, qui seront difficilement verbalisable et c’est vrai que c’est plus difficile pour un enfant de s’y retrouver. Si l’entraîneur tiens les rênes de tout l’ensemble, même s’il utilise des compétences extérieures auprès d’un préparateur physique ou d’autres collègues pour échanger et partager des expériences, c’est lui qui sera capable de faire la synthèse de tout ça et de le retraduire, de le retransmettre au joueur ou à la joueuse. C’est vrai qu’il s’agit d’un énorme avantage.

Maintenant les inconvénients, je les ai connus un petit peu avec l’expérience. Ce sont des témoignages de joueuses qui un jour m’avaient fait réfléchir à ça. Là je parle de trajectoires très longues car j’ai pu travailler six, sept fois pendant 7 ou 8 ans avec la même personne.  Donc en passant le stade de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte et c’est vrai que j’avais une place dans leur vie qui était en même temps riche, importante mais peut-être trop importante. Parce que l’air de rien, mon regard d’entraîneur qui s’occupait du tennis mais aussi de la famille, puis de la place de l’enfant dans la famille, avec le sport, les autres entraîneurs, le club. J’avais un regard quasi permanent en fin de compte, quand on entraîne quelqu’un pratiquement tous les jours, plus les compétitions. À travers la compétition il y a tous ces moments d’émotion très forts et très aigus avec les victoires et les défaites, les espoirs et les déceptions. Donc quand un entraîneur à ce regard permanent, permanent, permanent, même s’il croit bien faire et c’est ce que je pensais quand j’étais un peu plus jeune cela peut poser problème. Des joueuses m’ont fait un retour, quand elles arrivaient à maturité, pour me dire c’est génial mais qu’est-ce que c’est lourd à porter car elles avaient l’impression qu’elle ne pouvaient pas redonner autant. Et là ça m’a interrogé car ça veut dire qu’on peut faire culpabiliser. On croit bien faire en étant très présent, très professionnel, en pensant à tout et sans s’en rendre compte, on peut plomber le joueur donc c’est peut-être le mauvais côté des choses.  C’est pourquoi je pense qu’il faut apprendre à finir un cycle avec un joueur avant de passer avec quelqu’un d’autre. Dans le cadre d’un parcours complet, je trouve assez logique qu’un enfant ait pratiquement la même personne entre l’enfance et le début de l’adolescence. Je trouve aussi assez logique qu’il ait une deuxième personne à partir du milieu de l’adolescence jusqu’au début du professionnalisme et de l’âge adulte parce que ce sont des moments charnières et c’est bien de me pas morceler. Après, la vie sur le circuit c’est autre chose. On rentre dans le coaching et c’est un autre métier qui n’a rien à voir. On est plus formateur, ce n’est pas pareil.

Sofiane Alaoui : Justement tu nous a parlé de cycle, donc de l’entraîneur selon la période d’âge du joueur ou de la joueuse. Il y a des théories, notamment celle de Jean-Pierre Famose qui dit qu’un type d’entraîneur toi correspondre à une certaine tranche d’âge. Qu’est-ce que tu en penses ?

Eric Boisson : C »est une colle car je ne connais pas cette étude mais ce que je peux reprendre de ça, parce que je communique un petit peu sur ce sujet, c’est que je ne sais pas si vraiment il y a pile poil une personnalité d’entraîneur pour un stade de développement dans l’enfance ou l’adolescence. Je pense qu’en tant qu’entraîneur, si on est vraiment un formateur il faut qu’on soit capable de s’adapter et d’avoir peut-être des comportements différents mais en même temps il ne faut pas se renier non plus, il ne faut pas renier ses principes et ses valeurs personnelles. Effectivement de temps en temps c’est vrai qu’on est pas forcément le bon entraîneur par rapport aux problématiques que soulève un enfant et puis avec une famille. Et dans ces cas-là, il faut savoir le repérer et peut-être passer la main ou faciliter la passation avec quelqu’un d’autre.

Mais par rapport à l’aspect purement pédagogique, je pense en effet qu’on a tendance au début de l’apprentissage (selon les besoins spécifiques de cette période) à faire surtout des exercices de développement et d’acquisition technique et ainsi de suite. Donc c’est logique que l’entraîneur qui s’occupe de cette période-là soit plutôt un nourricier, c’est-à-dire quelqu’un qui va mettre énormément d’énergie, proposer, activer en positif ou en négatif, secouer et dire bravo. Mais effectivement, il y a une présence beaucoup plus forte auprès du joueur. C’est sûr qu’au fur et à mesure que le projet sportif devient ambitieux et que l’âge change, qu’on arrive à 13/14/15 ans, l’entraîneur va demander une part d’autonomie, d’appropriation plus grande aux joueurs et dans ces cas-là il y a un truc qui peut se passer, c’est que l’entraîneur va le demander mais lui va rester dans l’ancienne attitude. Je sais que c’est quelque chose auquel je dois faire attention parce que je suis plutôt très à l’aise dans le premier rôle de nourricier. Mais quand on demande à un joueur de prendre un petit peu son projet à son compte, il ne faut pas être aussi nourricier qu’avant parce qu’autrement on lui bouffe l’énergie, on lui bouffe l’espace. Donc il faut savoir structurer d’un peu plus loin, proposer et trouver aussi un petit peu de distance, laisser plus de liberté, laisser les échecs aussi se faire, aider à analyser mais ça demande un relationnel un petit peu différent. Et j’imagine, par ce que je ne l’ai pas tellement connu, mais des coaches qui vont être sur le circuit vont être dans un autre cas.

A bientôt pour la 2ème partie de l’interview d’Eric Boisson qui portera sur les caractéristiques et l’évolution du tennis féminin.

 

 

Eric Boisson : Comment mieux accompagner le projet sportif d’une joueuse ou d’un joueur de tennis

One Comment on ““Eric Boisson : Comment mieux accompagner le projet sportif d’une joueuse ou d’un joueur de tennis”

  1. DAD Mhamed

    bonjour.
    j’ai lu l’intervew avec Eric Boisson. j’ai trouvé ses propos interesssants. j’ai deux enfants qui occupent les premières places de leurs catégorie au Tennis au Maroc et ce type d’information m’aidrai beaucoup à mieu gerer ma ralation en tant que parent et préparateur physique. Très souvent les deux statut se confondent lors du travail que ce soit pour mes enfants ou pour moi même.
    s’il y a des intervews dans ce sens qui pourai m’aider je vous remerci de m’avertir pour que je puisse les suivre.
    Cordialement M.DAD

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