Focus : Le tennis des 4-6 ans

Sylvain CAPO-CHICHIActualités2 Commentaires

Afin de mieux accueillir les enfants à partir de 4 ans dans les clubs, la ligue de tennis du Val-d’Oise (95) propose, depuis 2007, une formation continue pour les enseignants professionnels de tennis.

En tout, ce sont donc 56 enseignants diplômés d’État de la ligue qui se sont inscrit depuis 2007. Ceux-ci partagent un objectif commun : inscrire leur club dans un projet éducatif pour les enfants âgés de 4 à 6 ans.

Stéphane DER, responsable de la plateforme tennis du Val d’Oise, titulaire d’un BE2/DES Tennis et membre de l’équipe technique de la ligue du Val-d’Oise, nous livre ses impressions.

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Le tennis des 4-6 ans – projet éducatif

L’objectif général est de permettre aux enfants âgés de 4 à 6 ans de développer les capacités nécessaires pour s’initier au tennis, ce qui leur permettra de progresser rapidement et durablement.

« L’apprentissage, le progrès au tennis doivent donc se faire tout au long d’un processus au cours duquel la personne et son corps sont considérés comme une unité qui doit répondre de façon unifiée»Jean LE BOULCH - Théoricien de l'éducation physique

Les objectifs spécifiques

  • apprendre à jouer avec des balles de tennis : savoir envoyer et surtout renvoyer des balles vers un partenaire, puis apprendre à le déplacer et enfin à le surprendre ;
  • apprendre à jouer avec son corps : améliorer ses capacités de dissociation et d’équilibre pour mieux enchaîner les mouvements ;
  • apprendre à jouer avec les règles : l’adulte organise des jeux de règles pour solliciter les ressources affectives et intellectuelles de l’enfant (comptage des points, limites du terrain de tennis).

Jouer avec son corps : de quoi s’agit-il ?

On entend souvent parler en pédagogie de formation technique du joueur de tennis. Certains spécialistes disent que l’essentiel, c’est la préparation ou le transfert du poids du corps. Cependant, avant tout travail spécifique des éléments techniques du tennis (forme gestuelle, rythme, phases), il s’agit de savoir utiliser son corps pour lui permettre de produire le geste voulu. Il semblerait qu’à la notion de « geste » puissent se substituer des expressions plus réalistes telles que « acte moteur », « comportement moteur », « conduite », etc.

Cette différence de nomenclature traduit un changement radical dans l’approche du geste sportif par la prise en compte de multiples paramètres, principalement le rôle des perceptions.

Le premier facteur de progrès au tennis : la lecture des trajectoires

Il faut avant tout se familiariser avec le rebond de la balle pour apprendre à se placer, à se déplacer. Les moyens à proposer aux enfants – surtout à ceux âgés de 4 ans – sont connus, mais primordiaux à avoir à l’esprit :

  • Préconiser des envois de balles plutôt éloignés des enfants (tout en restant adaptés) afin de faciliter le jeu en mouvement et la mise en action de la vision périphérique ;
  • Jouer beaucoup de balles : la notion de volume de frappes est décisive, en adaptant le milieu (comme le recommandait Jean-Pierre Famose), notamment les balles, du ballon roulé (ballon paille) à la balle « petit tennis », vers les balles en mousse et les balles souples ;
  • Le jeu avec le mur: celui-ci est un outil fantastique pour l’aide au traitement de l’information, sans compter les défis qu’il occasionne : maximum d’échanges, jeu en autonomie, etc.
  • Intégrer aux séances tennis la notion de « répétiteur », sorte de sparring-partner des enfants qui peut être un jeune du centre d’entraînement ou du club junior (une fille ado notamment), un parent ou un futur AMT. Le répétiteur doit engendrer plus d’intensité dans la séance en privilégiant une meilleure qualité de balle.

Le second facteur de progrès : les  3 capacités du corps humain

Pour illustrer l’opposition entre « geste » et « acte moteur » (expression dont la paternité revient à Henri Wallon), Jean-Pierre Bonnet* a déterminé trois éclairages distincts pour comprendre les réponses motrices :

1. les stades de la dissociation

Le processus de dissociation permet, à partir de réponses « explosives » au départ où tout le corps se raidit pour exécuter chaque frappe, d’évoluer vers une dissociation des épaules et du bassin, puis vers celles concernant les bras et les jambes par rapport au tronc (frappes dans le mouvement) pour atteindre la dissociation de l’avant-bras par rapport
au bras (gage de précision et de puissance). Intérêt pour l’enfant : prendre de l’élan afin de pouvoir donner de la vitesse à la balle.

Exemple de situation tennis

Faire marcher un enfant dans une allée et lui demander de renvoyer les ballons paille ou les balles mousse sans jamais s’arrêter de marcher (les enfants âgés de 6 ans pourront renvoyer les balles de volée) ; il est intéressant d’enchaîner plusieurs frappes.

On peut aussi demander aux enfants de jouer à deux mains des deux côtés (coup droit et revers).

 Le tennis des 4-6 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tennis des 4-6 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tennis des 4-6 ans

 

 

 

 

 

 

 

2. les stades d’équilibration

Le processus d’équilibration passe par 1) le refus du déséquilibre, 2) le rééquilibrage a posteriori (avec les bras, entre autres) pour tendre vers 3) une équilibration anticipée (ajustement postural). Intérêt pour l’enfant : renvoyer de manière précise des balles qui lui sont éloignées.

Exemples de situation tennis

  • Situation n° 1 : « la traversée de la rivière sur les rochers »

Pour solliciter l’enfant sur l’équilibration, il faut qu’il soit dans l’urgence. L’enfant avance en plaçant un appui extérieur sur chaque marque au sol. Après avoir enchaîné trois appuis extérieurs, l’enseignant envoie une balle à l’enfant qui doit courir puis frapper la balle dans un but, en essayant de s’équilibrer avant la frappe.

Le tennis des 4-6 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tennis des 4-6 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Évolution : à la place des marques au sol, nous pouvons demander à l’enfant de marcher sur les socles des poteaux de mini-tennis ou sur un mini-banc.

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  • Situation n° 2 : « le flamant rose »  (davantage pour les enfants de plus de 4 ans)

L’enfant doit frapper un ballon de baudruche avec un seul appui au sol (d’où le nom « flamant rose »). L’échange se poursuit avec l’enseignant.

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3. les stades de la coordination au tennis

Le processus de coordination permet de raccourcir le temps d’arrêt qui suit chaque mouvement ou chaque action du débutant, donc de réaliser un enchaînement d’actions dans un temps juste. Intérêt pour l’enfant : avoir une réponse adaptée en situation d’opposition (matchs).

Exemple de situation tennis (davantage pour les enfants de plus de 4 ans)

L’enseignant joue avec l’enfant tenant une raquette dans chaque main. L’enfant a b

esoin d’espace pour deux raisons :

  1. D’abord pour une question de sécurité (éviter que les enfants se donnent un coup de raquette).
  2. Mais aussi et surtout pour s’organiser dans le temps et l’urgence.

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4. La latéralisation au tennis

En plus de ces trois capacités (dissociation, équilibration et coordination), nous avons ajouté le processus de latéralisation dans les séances.

Définitions

  • La latéralité correspond à la prédominance fonctionnelle qui s’étend aux organes doubles du corps.
  • Latéralisation : processus qui organise cette asymétrie, entraînant le choix d’un côté par rapport à l’autre (entre 3 et 6-7 ans, voire 8-10 ans).

Exemple de situation tennis

L’enfant court, doit récupérer dans sa course une raquette posée au sol et venir frapper le ballon paille en mouvement. L’enfant saisit la raquette avec la main qu’il préfère (vérification par rapport au test de latéralité de la main). Si la situation est trop difficile, demander alors à l’enfant de courir ramasser la raquette de tennis et, seulement à ce moment-là, le répétiteur lance la balle.

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Idée de programmation :

Les capacités du corps (dissociation, équilibration, coordination, latéralisation) peuvent être combinées pour optimiser une programmation annuelle (ex. : exercices associant la dissociation et la coordination, voir ci-après).

Exemples de situation tennis

  • Situation n° 1 : « les crabes sur la plage »

L’enseignant joue avec l’enfant en situation d’opposition ou de coopération sur un terrain de tennis en ballon roulé avec deux ballons paille en même temps (cf. photo) en éloignant les buts le plus possible pour que l’enfant cherche un moyen de trouver de la puissance (distance de « couloir à couloir » au minimum pour des enfants âgés de 6 ans).

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Évolution : « le jeu du magicien »

Même situation, l’enfant et l’enseignant réalisent des échanges en utilisant le matériel adapté au niveau et à l’âge de l’enfant. L’enfant, entre chaque frappe, fait passer la raquette dans son dos ou la fait passer entre ses jambes.

  • Situation n° 2 : « la cage et les balles sauvages »

L’enfant doit renvoyer des ballons de baudruche (à la main ou avec la raquette de tennis)

, des ballons paille (à la main ou avec la raquette), des balles mousse (avec la raquette) dans une cage matérialisée par un filet de mini-tennis et un mur. Enchaîner 4 ou 5 frappes. Les balles ne doivent pas toucher le sol. La différence de vitesse entre les ballons de baudruche (balle beaucoup plus lente dans l’air), les ballons paille et les balles mousse obligent l’enfant à adapter son rythme pour aller frapper chaque balle, d’où le travail de coordination (réaliser un enchaînement d’actions dans un temps juste).

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Le tennis des 4-6 ans : Conclusion

L’apprentissage, le progrès au tennis doivent donc se faire tout au long d’un processus au cours duquel la personne et son corps sont considérés comme une unité qui doit répondre de façon unifiée (Le Boulch). Cette conception se différencie radicalement de la méthode, trop courante encore, qui consiste à découper les gestes en petits morceaux (en phases) pour ensuite les rassembler.

L’apprentissage s’intègre obligatoirement dans un répertoire d’actions acquises précédemment. C’est pourquoi Jean Piaget modifie le schéma stimulus-réponse (S-R) en intercalant entre S et R l’intervention de l’organisme (S-Org-R). Ceci nous amène à signaler que le professeur de tennis, outre les conseils adaptés qu’il ne manquera pas d’apporter, a également un rôle d’organisateur, de « structurateur », de guide de l’action de l’élève, notamment grâce aux situations pédagogiques qu’il propose. Le progrès, loin d’être un phénomène cumulatif, est fondamentalement une réorganisation.

Enfin, je souhaite conclure en soulignant la très grande importance de la relation pédagogique avec les tout-petits, surtout avec les enfants de âgés de 3 ans et demi et 4 ans. Cette capacité à être en relation avec l’enfant (voir Le Développement de l’enfant, cf. la bibliographie) sera très formatrice pour les enseignants de tennis.

Nous devons toujours avoir en tête ceci : « Un enseignant doit rechercher, comprendre et respecter le désir chez les sportifs. Il peut être le meilleur biomécanicien du monde, il ne se passera rien s’il ne rencontre pas des individus qui ont une étincelle au fond des yeux, qui ont eu suffisamment confiance en eux dans leur jeunesse pour avoir rencontré le désir, même peu conscient, de progresser et ainsi devenir les meilleurs. Car ce désir grandit chez un enfant grâce à la confiance qu’on l’aide à acquérir. » (Claude Fauquet, ancien DTN de natation et directeur général adjoint chargé de la coordination des politiques sportives à l’INSEP).

Le développement de ce programme a été le fruit de la collaboration de toute une équipe, plutôt deux équipes : l’équipe technique régionale et l’équipe du développement de la ligue de tennis.

Je tiens à nommer Christian Rebuffé, ancien coordonnateur de l’enseignement et de la formation tennis, qui a initié et mis en place ce projet, ainsi que Mathieu Pégé, entraîneur et formateur intervenant avec moi depuis trois ans à la ligue de tennis du Val-d’Oise.

Bibliographie

  • Vers une pédagogie de l’acte moteur, par Jean-Pierre Bonnet, éd. Vigot, 1988
  • Vers une science du mouvement humain, par Jean Le Boulch, éd. ESF, 1971
  • Le Tennis naturel, par Odile de Roubin et Catherine Gerbaud, éd. Alta, 1978
  • Mini-tennis/maxi-tennis, par Christian Rieu et Jean-Claude Marchon, éd. Vigot, 1986
  • Le Développement de l’enfant de la naissance à 7 ans, par Josianne Lacombe, éd. de Boeck, 2008

Le tennis des 4-6 ansStéphane Der est membre de l’équipe technique régionale de la ligue du Val-d’Oise de tennis, formateur au DE JEPS et DES JEPS pour les ligues d’Île-de-France de tennis (ACFT) et le centre de formation Trans-Faire. Pour en savoir plus : (stephane.der@fft.fr)

*NDLR : Jean-Pierre Bonnet est professeur agrégé d’EPS,  actuellement en poste à l’UFR STAPS de Dijon et fortement impliqué dans la préparation de plusieurs épreuves du CAPEPS. Il a publié en 2008 avec Cédrick Bonnet un ouvrage sur les courants pédagogiques : Théories de l’apprentissage moteur : étude comparée, aux éditions Actio.

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2 Comments on “Focus : Le tennis des 4-6 ans”

  1. jamar fred

    salut stéphane

    comment vas tu

    je suis tombé sur ta page car je recherhe des avis et sentiments sur le minitennis 3 à 5 ans et des idées aussi afin de convaincre les moniteurs qu’il faut les amuser les faire bouger et surtout ne pas leur dire COMMENT il faut tenir la raquette ou faire un mouvement ou se placer . arriver à leur laisser pleine liberté du COMMENT

    très intéressant

    bien à toi

    fred

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