Quels parcours professionnels pour les femmes enseignant le tennis en Ile-de-France (1)

Patrice GruetDossiersLaisser un commentaire

Nous vous proposons de découvrir la première étape de l’enquête initiée par L’ACFT (association de coordination francilienne de tennis) pour mieux comprendre les rouages du métier d’enseignante professionnelle de tennis. Cette enquête a été réalisée auprès de 26 femmes enseignantes (dont 15 sont en formation DE JEPS et 1 en formation DES JEPS tennis) afin de déterminer s’il existe-t-il des corrélations entre la baisse des licences femmes depuis 9/10 ans et le peu d’enseignantes professionnelles dans le milieu du tennis. 3 thèmes servent de support : le club de tennis, l’enseignement et la formation professionnelle.

Cette enquête a été menée par Odile de Roubin (responsable du programme Avenir – DTN/FFT), Nathalie Delaigue (coordonnatrice nationale de l’enseignement – DTN/FFT), Frédérique Chiron (coordonnatrice des formations DE JEPS Tennis Ile-de-France- ACFT/Trans-Faire) et Patrice Gruet (responsable pédagogique DE-DES JEPS Tennis Ile-de-France – ACFT/Trans-Faire).

Introduction et statistiques

Thème n° 1 : le club de tennis

–  Comment avez-vous commencé le tennis et qu’avez-vous apprécié dans l’activité ?

  • La plus grande partie des participantes a débuté le tennis entre 4 et 6 ans, incitées soit par les parents, soit par les sœurs ou les amies.
  • Elles ont été beaucoup entrainées par leur père (et le club) et cette période s’est étendue jusqu’à 12 ans en général.
  • Après cette période, les enseignants du club ont pris le relai du projet. Les entraineurs ont été très souvent des hommes, rarement des femmes. « Dans l’ensemble tout s’est bien passé ».
  • Pour autant, le père reste très proche du projet d’entrainement.

Ce qui est au cœur de la motivation :

  • l’activité tennis elle-même
  • la dépense physique
  • « faire plaisir à mon père »
  • Ce qui à aussi plu, c’est l’ambiance du club, la compétition, l’entraineur.

–  Comment s’est déroulé votre entrainement ? groupes de filles ou mixtes ? quels souvenirs en gardez-vous ? De quel encadrement avez-vous bénéficié pendant vos entrainements ? Hommes et/ou femmes

  • En marge du système général de formation proposé par le club de tennis, toutes ont connu le mini-tennis, tout en profitant des séances individuelles « d’entrainement » avec leur père.
  • Puis, le club prenant progressivement « le relai », les joueuses ont connu les groupes de filles ou mixtes, dans le cadre du GAC.
  • Elles n’ont pas connu les programmes d’initiation et de perfectionnement.
  • Encadrement : par des hommes à 80%. Pas de souci majeur identifié. Néanmoins, quelques participantes expriment le regret de ne pas avoir eu d’entraineur femme.

–  Comment la compétition est-elle entrée dans votre vie  et y avez-vous rencontré des difficultés ? lesquelles ?

  • Le début de la compétition commence entre 9 et 12 ans, souvent à l’occasion du tournoi interne du club. La forme de compétition dont elles gardent toutes le meilleur souvenir est les matches par équipe. Et l’une d’entre elles qui refusait la compétition,  y a pris goût à partir des matches par équipes. L’identification à une championne a aussi joué un rôle majeur dans la motivation.
  • Gagner des matches était le meilleur moyen de rester motivée, d’où l’importance de progresser.
  • Pour la plupart, quel que soit leur meilleur classement, au fur et à mesure « qu’elles montaient », le stress et la pression augmentaient dans la pratique compétitive.
  • L’incapacité à gérer seules ces phénomènes émotionnels à probablement raccourci leur parcours.
  • L’ensemble a souligné qu’elles étaient liées à la peur de décevoir leurs parents, compte tenu de leur investissement (pression non pas due directement à l’attitude de leurs parents mais qu’elles se mettaient elles-mêmes).

Thème n°2 : l’enseignement du tennis

–  Quelles sont les motivations des femmes vis-à-vis du métier d’enseignante de tennis ?

  • Toutes ont choisi ce métier par réelle motivation. Pour certaines, la vocation se déclenche relativement tôt, entre 15 et 18 ans environ.
  • Dans ce choix, l’image positive de l’enseignant(e) du club initial a été prépondérante.
  • Pour l’ensemble du groupe, la motivation première qui ressort est « l’envie d’apporter quelque chose »

Les motivations :

  • L’envie de découvrir, d’apprendre et de faire apprendre
  • Les responsabilités : « je veux faire partie du projet du club et agir dessus ».
  • Participer au projet sportif du club

–  Comment avez-vous commencé l’enseignement et à quel âge ?

  • L’enseignant de mon club cherchait quelqu’un pour l’aider… »
  • « J’aimais bien le tennis et les enfants, j’ai demandé à mon entraineur… »
  • Les participantes ont commencé à encadrer les enfants entre 15 et 18 ans

Les missions préférées et les moins appréciées : une corrélation semble exister entre le niveau de jeu des participantes et ce qu’elles apprécient faire ou pas :

De 15 à environ 3/6 :

Missions appréciées :

  • L’enseignement aux adultes est le plus souvent cité
  • Les tâches d’animation
  • Le loisir plus que la compétition
  • Le Mini tennis (reconnu difficile)

Moins appréciées :

  • A l’unanimité,  « les ados loisir ».

D’environ 2/6 à -15 :

Missions appréciées :

  • Entrainer
  • Détecter
  • Suivi de tournoi

Moins appréciées :

  • L’initiation
  • Difficultés à gérer la non motivation des enfants
  • Travail administratif

Pour toutes, pas de préférence entre groupe de filles et groupe de garçons.

–  Quel type de carrière vous attire, vous motive ?

  • Aucune d’entre elles ne se voit faire exclusivement du terrain.
  • La majorité souhaite le développement des heures en journée pour pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale.
  • Celles qui exercent un autre métier souhaitent le garder (Mi-temps).

Les emplois visés sont parfois très identifiés :

  • Poste de directeur sportif (75% hors terrain et 25% terrain)
  • Cadre technique dans les ligues ou les comités départementaux
  • Entraineur à haut niveau
  • Encadrement dans les sports-études
  • Partir à l’étranger pour des raisons financières
  • S’orienter vers la formation des AMT et le développement du club

–  Spécifiquement quels sont les freins ou obstacles à ce métier ?

  • Le fait de travailler dans un milieu à majorité masculine ne les gêne pas particulièrement. Toutes semblent satisfaites de leur activité et  jugent le métier conforme à ce qu’elles attendaient.
  • Certaines participantes pensent qu’être une femme est un avantage, car elles sont peu nombreuses sur ce marché du travail. Elles identifient que les clubs de l’Ile de France souhaitent recruter spécifiquement des enseignantes.

Les freins :

  • La plupart des dirigeants sont des hommes et les relations sont parfois compliquées.
  • Elles ressentent le fait qu’il faut qu’elles soient très « pointues » pour être vraiment considérées.
  • Dans les gros clubs, lorsqu’elles « arrivent en dernier », elles se voient confié des missions que les autres enseignants ne veulent pas.
  • Certaines d’entre elle ne se sentent pas capables d’entraîner une équipe homme en 2ème série.
  • En règle générale les clubs ne veulent par leur confier la compétition hommes.
  • Arrivées dans un nouveau club, elles ont plus de difficultés à se faire accepter par les enfants du centre d’entrainement.

L’emploi ne semble pas formaté pour des femmes. Un poste d’enseignant ou  d’enseignante est pensé par l’employeur sans adaptations ou différences. Les paramètres féminins ne sont pris en compte par l’employeur qu’après échanges et  négociation, ils ne sont jamais intégrés en amont, dans la définition de poste.

  • Il leur semble également difficile de faire véritablement entendre leur voix (au propre, comme au figuré). « En réunion, si une proposition est formulée par un homme, celle-ci est mieux écoutée et acceptée, même si la même proposition est exprimée juste auparavant ».

Leur point fort et le domaine dans lequel elles se sentent le plus à l’aise est l’aspect relationnel, en particulier avec les parents, qui généralement leur font davantage confiance qu’aux enseignants masculins.

Thème n°3 : la formation professionnelle

–  Comment se (s’est) déroule (é) votre formation, qu’en retenez-vous ? 

Les aspects positifs :

  • Elles ont un reçu un traitement totalement égal à celui de leurs homologues hommes de la part du formateur.
  • Elles ont apprécié la qualité humaine et les compétences des formateurs.
  • En règle générale elles sont « chouchoutées »  par les autres stagiaires.
  • Le fait d’être une femme lors des épreuves certificatives est parfois un avantage.
  • En formation, nous travaillons plus que les garçons et nous sommes mises en avant par les formateurs.

Les aspects négatifs ou difficultés :

  • Souhait d’approfondir la formation sur la préparation physique et la bio mécanique.
  • Pédagogie : les publics jeunes en formation sont différents des publics de club.
  • Le fait d’être en minorité dans les groupes de formation déclenche la difficulté de faire entendre leur voix.
  • Le manque de confiance dans la prise en charge d’entraînement de joueurs à partir de 4/6.
  • La date de l’examen en septembre, qui entraîne l’obligation de rester dans le même club.

–  Comment se passe ou s’est déroulé votre alternance ?

  • Pour la moitié des participantes, le tuteur est ou a été une aide importante, du fait de son implication. Pour les autres, il a été trop peu présent. La non rémunération des tuteurs pose problème (le tuteur semble explicite quand il se juge bénévole).
  • L’intégration au sein du club s’est bien passée (présentation au Comité Directeur, réunions pédagogiques, etc …)
  • Il apparaît extrêmement difficile de concilier formation, vie personnelle et travail en club.
  • Certaines ont la sensation d’être « exploitées » par le club

Bilan et pistes de réflexion

La prochaine étape de cette enquête permettra de questionner des enseignantes de tennis ayant entre 5 et 20 ans d’expérience. Des comparaisons seront ensuites faites par rapport au 1er rassemblement, qui regroupait de « jeunes enseignantes ». A suivre…

 

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