Interview de Joël HAUSS : la formation Préparation Physique, Récupération & Nutrition

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Découvrez l’interview de Joël Hauss (père et entraîneur de David Hauss – 4ème aux JO de Londres en triathlon) qui finit sa formation Préparation Physique, Récupération & Nutrition, par Anaël Aubry – coordinateur de la formation

Anaël : Bonjour Joël, tu es actuellement stagiaire sur la formation PPRN (préparation physique, récupération & nutrition) de TF, nous nous connaissons bien tous les deux, mais pourrais-tu te présenter pour les personnes qui liront ce texte?

Joël : J’ai 61 ans, 5 enfants, je suis arrivé à la Réunion en 85. J’étais alors artisan électricien mais surtout un ancien sportif. J’ai été identifié « espoir 84 » pour préparer les JO de L.A. en lutte. Je n’étais pas dans une filière sport étude (nom de l’époque) car j’avais quitté l’école à 13 ans et je devais bosser sur les chantiers en électricité pour aider ma mère. Je me suis assez rapidement rendu compte que je n’irais pas aux Jeux et que je devais faire le sparring pour ceux qui en avaient plus le potentiel que moi.

Anaël : Parcours pas anodin donc ! Quelle a été la suite pour toi lorsque tu es parti de la métropole ?

Joël : J’étais venu à la Réunion pour surfer et faire du windsurf. Ce que j’arrivais à faire en bossant tôt le matin : je pouvais être sur l’eau l’après midi. Mais au bout de quelques années, je devais bosser, bosser, et bosser pour faire tourner mon entreprise. Suite à un litige avec un des ouvriers, j’ai eu un énorme rappel de l’Urssaf. Comme le litige était vraiment injuste, j’ai été écœuré et j’ai tout laissé tomber pour passer un BE natation. En parallèle, j’avais découvert le triathlon et le fait de nager assez souvent m’a donné l’envie de faire ce boulot. Être entraîneur de natation. Ça a été le moment opportun pour me lancer. J’avais alors 36 ans et étais sorti de l’école à 13… Il m’a fallu prendre des cours de français pour pouvoir faire des rédactions à peu près correctement. C’était une grosse remise en question à l’époque.

Anaël : Ton parcours dans le sport n’a donc pas été tout tracé. Mais, tu sais la gestion de la formation PPRN à Trans-Faire me montre que beaucoup de personnes passionnées tentent la reconversion dans le sport : en s’en donnant les moyens et en travaillant dur, tout est possible! Tu parlais d’un BE natation, d’un diplôme donc, mais finalement tu es assez autodidacte; tu as entraîné, pendant son enfance, puis à sa sortie du pôle France, ton fils David et tu l’as amené, notamment, à la 4ème place des JO de Londres sur triathlon. Malgré cela, tu intègres la PPRN sur la promotion en cours : pourquoi continues-tu à te former à 61 ans et avec ces résultats ?

Joël : J’aime me former et apprendre des choses. J’entraîne toujours en natation, en trail, en triathlon, et à peu près tous les niveaux. Je pense que si je veux avoir une certaine crédibilité envers les gens qui me font confiance et avec qui, pour certains, je partage souvent des projets de vie, je me dois d’être le plus possible averti de ce qui se fait, comment et pourquoi ça se fait. Je ne me suis jamais reposé sur ce que j’avais, encore moins maintenant. Une preuve en est, c’est qu’à l’école de natation où je bosse, je prends souvent les groupes d’enfants débutants car avec eux, on ne peut ni tricher ni mentir. Et ils nous permettent de ne pas se reposer sur nos acquis. On doit se remettre sans cesse en question pour les faire progresser. Quand j’entraînais David dans le triathlon, à chaque course j’effaçais tout. Je regardais pourquoi il avait fait cette perf ou pourquoi il ne l’avait pas faite. On en tirait ensemble les enseignements et on repartait en essayant de nouvelles choses s’il le fallait. C’est exactement ce qu’il s’est passé après les JO de Londres et la démarche que l’on a eu pour préparer Rio. En cela, cette formation que je suis actuellement me donne les informations scientifiques et de terrain avec, je pense, les meilleurs entraîneurs possibles. Ils valident ou invalident même certaines façons de voir l’entrainement et m’expliquent aussi pourquoi, en partie, j’ai failli pour les JO de Rio.

Anaël : Ton recul est très intéressant. A Londres tu amènes David à un niveau jamais atteint par un français, aux portes du podium, derrière les légendes Jonathan & Alistair Brownlee et Javier Gomez. Mais pour Rio, 4 ans plus tard, vous ratez la qualification (en jeu avec d’autres français). Comme quoi, rien n’est simple dans le sport. A quoi attribues-tu cela, quelques années plus tard? La formation t’aide-t-elle dans ce débriefing ?

Joël : Il y a plusieurs choses. Et des concours de situation souvent défavorables. David était fatigué au moment où il ne fallait pas l’être…. Mais ne l’était plus au moment de la date des Jeux… Je n’ai pas su lui amener les éléments suffisants pour récupérer. Choses qui n’arriveraient plus justement avec les éléments que Christophe Hausswirth et d’autres m’ont apportés depuis. Nous avons eu au plus mauvais moment un peu de pression de la part de la Fédé qui nous demandait de valider un état de forme. Cette pression (peut-être légitime pour eux) et l’arrivée en Australie après un bloc de travail énorme en musculation, plus un gros travail sous la chaleur des mois de février et mars à la Réunion. Il n’avait donc pas récupéré en arrivant en Australie. Il rate donc sa course mais pour nous c’était normal… Sauf que le mental et le questionnement intérieur ont commencé à faire leur effet… Le championnat d’Europe qui devait tout réhabiliter le voit une nouvelle fois sorti du jeu. Sa combinaison s’ouvre dès le départ natation et il sort dernier à plus de 2’… Il fait néanmoins le 2ème ou 3ème temps à pied, tout seul à l’arrière du peloton. La forme était là mais il ne l’a pas montré en terme de résultat… Puis il y a eu le départ de Laurent… Il pouvait être le seul à parler pour David. Car on bossait à l’époque ensemble et lui aussi savait comment David était en réalité. Le DTN n’a pas voulu prendre de risque. Maintenant on peut comprendre son choix. Mais pas sur le moment… manque un point Le bénéfice du doute n’a pas joué en sa faveur.

Anaël : Effectivement, pas simple, dans une nation aussi dense à cette époque, avec l’équipe de France et avec des coéquipiers également candidats aux 1ères places internationales. Mais tu nous parles des apports de Christophe Hausswirth sur la récupération. Tu parles ici d’un scientifique du sport (sport scientist). FB_IMG_1502266481913La formation PPRN de Trans-Faire offre les apports de coachs de terrain et de sport scientist. Peux-tu nous dire, au travers de quelques exemples concrets, ce que ces scientifiques t’ont apporté durant cette année de formation?

Joël : Par exemple, j’ai remarqué, de retour en métropole après les stages de janvier et février, que David avait vraiment un pic de forme. J’attribuais ça au volume et au caractère spécifique de la prépa. Musculation mieux suivie par exemple, on travaillait plus sur le ressenti et on n’avait pas peur de faire sauter une séance s’il me disait que ça allait moyen… Ici donc en été on s’entraîne à la chaleur. J’avais lu que la chaleur pouvait être en partie comparable, en termes de stress pour l’organisme, à de l’entraînement en altitude… C.Hausswirth a su démontrer, de façon scientifique et avec des études de terrain précises, le bien fondé de l’entraînement en atmosphère chaude et humide, comme celle que nous avons ici en été. Les notions de récupération et de rations de recup étaient déjà – mais le sont encore plus – importantes dans ma vision de l’entraînement, mais également des pré- et des post-séances. Il y a eu un moment clé pour moi dans cette formation. Ce moment, c’est quand C.Hausswirth dit : « Prenez tout ce que je vous dis pour argent comptant. Ce que je vais vous dire là vous pouvez le faire les yeux fermés. » Pour moi quand un mec dit ça, quand on voit son CV, qu’on voit les autres formateurs qui travaillent avec lui et leur niveau, il a forcément raison.

Anaël : Ces contenus sont donc applicables sur le terrain malgré leur caractère “scientifique”?

Joël : Oui complètement. Ils étayent de façon claire ce qu’il se passe sur le terrain et permettent justement de comprendre mieux le pourquoi des choses. Les scientifiques se reposent sur des cas concrets qu’ils ont analysé sous toutes les formes et dans tous les sens. De plus ils partent souvent d’un échantillonnage important permettant justement de valider les choses. Même si parfois les choses en labo sont différentes sur le terrain. On s’en approche très souvent.

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Anaël : Joël, avec tes résultats en triathlon, natation ou trail, tu es donc identifié « sport d’endurance ». Mais je sais que tu as également travaillé dans d’autres disciplines plus orientées vitesse, force, explosivité, etc. As-tu également eu « à manger » pour ces disciplines? Est-ce que la formation peut donc faire de toi un meilleur préparateur de façon générale? Car c’est bien là l’objectif que nous nous sommes fixés en la construisant.

Joël : Justement dans cette formation tous les thèmes sont abordés. Et très précisément. Ils ne sont pas simplement survolés. Le travail de vitesse par exemple était un sujet que je connaissais mal. Pour moi la vitesse se résumait souvent à du sprint. J’ai appris beaucoup de choses. Notamment que sans la vitesse, il n’y a pas (ou peu) de puissance. Que sans force non plus. Mais j’ai aussi beaucoup appris – et bizarrement cela m’a passionné – sur le sport santé. C’est une toute autre approche du sport et de l’activité physique. En tout cas très loin des performances en tant que telles. Mais réussir à faire marcher 5 km une personne en surpoids ou atteinte de maladie est aussi une performance. Sans cette formation, je ne me serais jamais intéressé à ce sujet. Je ne sais pas si je serai un meilleur préparateur physique ou un meilleur entraîneur car ce n’est pas forcément la somme des connaissances qui fait qu’on est bon ou pas, mais j’ai beaucoup plus de cordes à mon arc maintenant qu’il y a un an. C’est certain. Pour ma part votre objectif est bien rempli.

Anaël : Enfin Joël, comme je te l’ai dit, beaucoup de stagiaires aux profils différents, une formation en présentiel sur Paris, mais à distance également, avec le même contenu, forcément plus suivie par des personnes comme toi, habitant trop loin de la capitale. Le suivi à distance s’est-il bien passé pour toi ?

Joël : J’ai opté pour une façon de bosser très scolaire. En m’obligeant de suivre les cours tel jour et tel jour. J’ai pratiquement tenu l’engagement que je m’étais fixé. Toutefois, là où j’habite j’ai pas mal de problèmes de réseau internet. Ça a été un peu le facteur limitant pour moi.

Anaël : Quelle est la suite pour toi maintenant Joel puisque tu auras terminé la formation dans quelques semaines ?

Joël : Je serai à la retraite au mois de Mai. J’interviens assez régulièrement dans 2 box de CrossFit où je propose des séances basées sur l’endurance. J’ai quelques projet très concrets et bien avancés avec David et avec un traileur de haut niveau. J’ai bien l’intention aussi de continuer à entraîner et à faire partager mon expérience. En tout cas, tant que je serais crédible. J’ai aussi l’intention de regarder ce que votre formation Psychologie du sport et Préparation mentale va pouvoir m’apporter car c’est un domaine qui m’intéresse au plus haut point !

Anaël : Tu sembles donc t’être épanoui à fond avec nous et je suis content de ta dernière phrase car je ne suis absolument pas spécialiste des questions de préparation mentale ou de psychologie du sport dans mon travail avec les sportifs de haut niveau, mais il est clair désormais que la préparation de l’athlète passe à la fois par le physio-physique, mais également par la tête. Nous avons et assimilons encore trop en France le psycho-mental à un problème alors qu’il est bien un pan de la performance. As-tu pu être accompagné malgré ton éloignement dans ton suivi de formation, si des questions te venaient par exemple (même si pour le coup tu dois être l’étudiant avec lequel j’ai le moins interagit) ?

Joël : Sur la formation, dans le CrossFit, sport de force et de puissance par excellence (mais pas que) il y a beaucoup d’athlètes vegan. Soit par mode soit par conviction pour la cause animale. Il aurait été intéressant pour moi d’avoir des éléments à ce sujet. Les gars soulèvent des charges pas possibles, sont clean (c’est important de le dire) et ne mangent que des graines et des légumes…

Anaël : Merci Joël pour cet échange riche de contenu et d’expérience et bon courage pour la suite !

Joël : Merci à toi pour cet interview. Merci d’avoir pensé que, géographiquement si éloigné je pouvais intéresser des gens !

Propos recueillis par Anaël Aubry

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