Complexité de la relation entraîneur / joueuse

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Joueuse de tennis

Les pièges de la  relation pédagogique entraîneur / joueuse

Il existe un aspect diffus, plus complexe de la séduction qui mérite d’être abordé dans cette deuxième partie.
Pour illustrer ces propos, nous allons nous attacher à la relation pédagogique d’un entraîneur avec une joueuse  de tennis adolescente. Celle-ci peut éprouver des sentiments forts pour son professeur construits autour de tout ce que nous avons déjà décrit (savoirs, bienveillance, statut, look…), mais pour cette jeune fille ce transfert a les yeux de l’amour. Tout enseignant a déjà vécu de telles situations.
La question qui se pose alors est la suivante : que fait l’enseignant – l’entraîneur – de ce que l’on peut appeler, en reprenant la terminologie évoquée, un « transfert massif »?

- Le premier piège serait de croire que cet élan n’est dirigé que vers soi-même, personne privée, comme c’est le cas dans une relation équilibrée entre deux adultes. La situation pédagogique professeurs/élèves est, en effet, de type inégalitaire comme celles qui existent, par exemple, entre parents et enfants, employeur et salarié, médecin et patient…
Le pouvoir de celui qui conduit la relation, dans ces différents cas de figure, est de fait très important car il s’appuie sur des structures psychologiques très profondes, très ancrées, qui viennent de la petite enfance et qui demeurent extrêmement agissantes.

¦› L’abus « d’autorité » envers la joueuse

- Le deuxième piège, serait de se laisser prendre à une telle relation, c’est-à-dire d’y répondre soit verbalement soit d’une manière non verbale, par exemple à travers des sourires complices, des mots ou des gestes ambigus. Cela entretiendrait chez la joueuse l’illusion que son amour peut être payé de retour…
- Le troisième piège, bien entendu, serait d’y répondre complètement et de passer à l’acte. Pour le coup, le fantasme de la joueuse : « Être amoureuse de son professeur, lui plaire, le séduire », qui fait partie de son économie psychique, de sa liberté de penser, et qui lui permet de vivre dans une dimension imaginaire, ce fantasme, en se concrétisant, en se cristallisant, aurait un impact important sur son développement affectif et sa maturation sexuelle. C’est tout son édifice psychique qui serait ébranlé par cette « effraction » qui mettrait à mal les fondements de sa structure, basés notamment sur l’interdit de l’inceste, valeur universelle de la maturation humaine.

Sa position d’autorité met en effet l’entraîneur, dans l’imaginaire de son élève, dans une position paternelle et, s’il rentre dans le jeu de la séduction amoureuse, il met en place psychologiquement une situation d’une grande complexité pour la joueuse. Son emprise sur elle sera, dès lors, particulièrement importante, la privant de son libre arbitre, de sa capacité de maturation et lui faisant vivre une transgression sociale et psychique importante.

La difficulté de cette situation pour l’entraîneur est qu’une réelle séduction, pour une grande part inconsciente, peut être mise en œuvre par la jeune joueuse ce qui pourrait servir de justification à l’enseignant. C’est là toute la difficulté de ce métier de relation, fait d’échanges, de proximité physique, d’élans vitaux. Or, dans cette situation, l’entraîneur, pris lui-même par son attirance pour la jeune joueuse, met en œuvre consciemment et/ou inconsciemment une séduction d’ordre sexuel qui dépasse la nécessaire « séduction pédagogique », dont nous avons déjà parlé.

¦› Comment mettre en place une relation pédagogique de qualité avec la joueuse ?

Reformulons : le transfert est normal, il est même nécessaire à la mise en place d’une relation pédagogique. Mais s’il est parfois amplifié par la joueuse elle-même pour des raisons qu’ils lui appartiennent (relation complexe à son propre père, par exemple), il n’est que transfert, et non pas amour…

Quant au contre-transfert, il est également inhérent à la relation pédagogique, il est humain, mais il n’est qu’une réponse subjective à une situation professionnelle spécifique. La relation de pouvoir et d’autorité exercée par l’enseignant, la complexité des affects parfois mis dans le jeu de la relation, doivent pouvoir être compris et analysés par lui, on peut dire élaborés, afin d’être digérés et restitués dans une relation apaisée à la joueuse, comme un bon père de famille.
C’est à cette condition qu’il va pouvoir l’aider à mûrir et approcher les finalités (autonomie, respect…) .

Pour conclure, on peut dire que le tennis, comme d’autres sports mais davantage qu’un cours de mathématiques, en raison notamment de la proximité corporelle des relations, de la vie de « couple » vécue par un entraîneur/coach et la joueuse (déplacements, repas…), stimule les effets du transfert et du contre-transfert, voire entraîne plus facilement ce l’on pourrait appeler une « érotisation » de la relation.

Raison de plus pour que l’enseignant prenne du recul et comprenne ce qui se joue dans le psychisme de ses élèves et dans le sien, afin de favoriser ainsi leur évolution personnelle. Le faire seul est possible, mais parfois difficile voire impossible. C’est là qu’un travail de mise à distance, d’élaboration avec une tierce personne dans le cadre d’une supervision, d’un accompagnement individuel peut se révéler tout à fait essentiel pour la joueuse ou pour le joueur.

La démarche n’est pas facile, mais elle est parfois la condition nécessaire à la qualité de la relation pédagogique.

Pour vous référer à la première partie de l’article  « Complexité de la relation entraîneur/joueuse »

Complexité de la relation entraîneur / joueuse

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